« Yaak valley, Montana », Smith Henderson

Michel Dufranne l’avait déjà martelé en radio et en télé. Après lecture, on comprend mieux son insistance, parce qu’il s’agit bien d’un premier roman époustouflant de maîtrise.

9782714456786Le personnage central s’appelle Pete Snow. Queue de cheval, penchant pour la gnôle, écorché dès les premières pages, il est pourtant assistant social et on sent d’emblée que son cœur palpite vraiment pour tous ces gosses qui n’ont pas été épargnés par la vie et qui ont besoin d’aide. Les cas, il connait. Pourtant, lorsqu’il croise le chemin de Jeremiah et Benjamin Pearl, père et fils armés jusqu’aux dents, ayant fui le monde et vivant hirsutes au milieu d’une nature pour le moins inhospitalière, on se dit qu’un nouveau cran vient sans doute d’être franchi au rayon des illuminés sauvages et marginaux. Envers et contre tout, et surtout contre l’avis de Jeremiah Pearl qui voit en chaque humain un suppôt de Satan pour chevaucher l’Apocalypse en cours, Pete essaye de les aider et de savoir ce qu’il est advenu du reste de cette famille, perdue quelque part dans les montagnes. Au péril de sa vie qui de toute façon part un peu plus à vau-l’eau lorsque son père décède, que son truand de frère se planque et que sa fille, son petit diamant de fille, fugue pour de bon depuis le Texas où son ex s’est installéeavec un nouvel amant patibulaire. Le décor est planté. La tension monte. La violence, physique et mentale, croît à chaque page. On se dit qu’il n’y a plus qu’à attendre l’affrontement final entre ces deux hommes revenus de tout. Qui n’ont plus rien à perdre. Pete v/s Jeremiah. A moins que… Et si la quête était ailleurs, autre ?

Malgré la longueur, l’écriture est extrêmement précise, percutante, et ne faiblit jamais. Les dialogues sont au cordeau. La narration suit elle aussi son cours tragique de manière implacable et métronomique, avec quelques procédés originaux comme la fugue de la gamine rendue comme un interrogatoire complètement bluffant. On pense à Banks pour cette Amérique qui se délite, à Carver pour toutes ces scènes en marge de la vie, à Mc Carthy pour les grands espaces et la rédemption. Et pourtant Smith Henderson n’est pas la somme des ombres portées par ces grands noms. C’est une nouvelle voix puissante qui excelle à nous restituer la détresse de tous ces gens qui semblent abandonnés et nus sur un quai de gare désaffectée, des êtres qui ne demandent pas grand-chose de la vie mais n’en reçoivent même pas les miettes. Matière à réflexion aussi à l’heure où le populisme d’un Trump trouve tant d’écho chez les laissés pour compte de l’Amérique profonde.

Bon. Michel Dufranne avait raison. Lisez ce livre ! Grande découverte et assurément un nouvel auteur à suivre de très près.

Didier.

YAAK VALLEY, MONTANA. Smith Henderson. Belfond 2016. 576 pages