« Vernon Subutex 3 », Virginie Despentes

Vernon Subutex :  c’est la semaine, décernons tout de suite à ce garçon taciturne le prix Nobel du disquaire déchu. Il le mérite amplement.

Après un tome 1 fracassant dans lequel on assistait à la chute libre d’un homme, d’un métier et d’une époque désormais obsolètes, après un tome 2 un peu moins douloureux pour les gencives où on voyait se former une improbable communauté autour de cet anti-héros SDF (au parc des Buttes Chaumont), c’est peu dire que l’attente était fébrile pour le dernier volet de la trilogie.

Je ne vais rien dévoiler pour ne pas gâcher le plaisir aux fans qui doivent encore le lire, mais sachez cependant qu’entretemps il y a eu le massacre du Bataclan, le mouvement Nuit Debout ou encore la mort de Bowie, et que Virginie Despentes n’a pas oublié d’intégrer ces événements dans le déroulement de l’histoire. Et que si l’univers tend vers l’infini et l’aplatissement, Subutex, quant à lui, tend vers les convergences.

Dire aussi, qu’au-delà des comparatifs et superlatifs qui ont déjà été débités, on reste soufflé par la capacité de l’auteure à dynamiter l’ensemble du corps social par les mots avec tant de force, de frénésie presque. Despentes me fait penser à un alien qui dézipperait un personnage pour s’introduire en lui, faire un petit tour de manège désenchanté dans sa psyché intérieure, sortir tout visqueux et dégoulinant de l’individu et passer au suivant au rythme d’une arme automatique qui ne s’enraye jamais. Avec un art consommé de pousser certaines situations ou attitudes à l’extrême limite mais sans jamais basculer dans le cliché ou la caricature.

Djian avait ouvert le bal du roman contemporain biberonné aux codes des nouvelles séries avec Doggy Bag. On peut dire que la réplique de Despentes vole assez haut sur l’échelle sismique. De quoi en tétaniser quelques-uns qui voudraient s’essayer à la fulgurance littéraire par épisodes. Mais rien n’empêche d’essayer. La littérature, comme le rock, comme toute forme d’art en fait, est aussi affaire d’émulation.

Excellente lecture. Groove irrésistible.

(ah oui PS : j’ai entendu que Canal + et Despentes s’attelaient à scénariser la série télé avec Romain Duris dans le rôle de Subutex… ça ça fait peur, non ?)

Didier

Vernon Subutex Tome 3. Virginie Despentes. Editions Grasset. 399 pages