« TOUS », Grégoire Polet

C’est avec un grand bonheur que nous avons reçu Grégoire Polet le 22 mars à la Licorne pour son nouveau roman, Tous, paru chez Gallimard. Il nous avait certes déjà habitués à des fictions chorales avec beaucoup de personnages, mais que dire de ce titre qui semble cette fois viser la gageure de faire carrément l’unanimité ?

TOUS est ce qu’on appelle une uchronie, soit une histoire où l’auteur imagine une réalité qui n’a pas eu lieu, un présent du possible. Pour être plus précis, il s’agit d’une fiction contemporaine qui a pour point de départ le mouvement des indignés en 2011 et imagine, par quelques contorsions salvatrices de l’Histoire (tout l’art du romanesque en fait), la victoire de ce nouvel élan démocratique ô combien désiré par la majorité des Européens mais sans cesse freiné par ceux que nous élisons et qui nous gouvernent.

Le roman s’articule en trois parties. Dans la première, nous lisons les mémoires de Caroline Gracq, jeune Liégeoise et fer de lance de mouvement qui nous raconte comment, depuis les premiers sit-in en Espagne, le mouvement a pris corps et âme, d’abord en France et en Belgique, sous l’égide de Romuald et Rémy, deux leaders charismatiques qui ne font pas que rêver de changer le monde.

La deuxième partie nous emmène en Grèce, pays flagellé par ses pairs, dans les pas d’un diplomate grec, spécialiste des énergies fossiles, entraîné dans la frange hellénique de Tous par l’entremise de son idéaliste de fils qui, s’il emporte l’adhésion du peuple, ne semble pas toujours bien cerner les dessous géostratégiques liés à la notion d’intérêt de la Nation.

La troisième partie enfin, toute en délicatesse, tristesse sombre et espoir, nous rappelle que dans toute (r)évolution, il y a toujours des laissés pour compte, des sacrifiés pour qui il est bien difficile d’entrevoir que leur malheur a servi une bonne cause.

La fiction politique est un sujet pour le moins casse-gueule, surtout par les temps qui courent d’extrême onction des utopies. Grégoire Polet a non seulement le culot de relever le défi mais surtout, de le réussir haut la main. TOUS, à l’arrivée, est un roman intense, plausible, extrêmement documenté, qui nous laisse entrevoir une lumière dans cette Europe vacillante et nous fait penser que oui, peut-être faut-il juste pousser la porte ou même l’enfoncer si nécessaire, pour être ébloui. Poings levés. Ensemble. Tous.

Didier

Tous. Grégoire Polet. Gallimard (nrf). 348 pages, EUR 22.-