« Soumission », Michel Houellebecq

L’idée de départ (dans une France résignée et apathique, Fraternité Musulmane s’empare du pouvoir présidentiel face au FN en 2027) et le cirque médiatique orchestré autour de la sortie de ce livre ne m’avaient pas donné envie de le lire. C’était en 2015, avant la vague d’attentats, le drame des migrants, les amalgames en tous genres et le durcissement des discours.

La sortie en poche du dernier opus de cet écrivain trouble-fête me donne l’occasion d’un rattrapage et de me faire une opinion sur ce brûlot de politique-fiction (rien que le titre déjà, sachant qu’Islam veut simplement dire soumission). Et dès les premières pages, insidieusement le ton est donné : le thé à la menthe est tiède, la tajine pas terrible et la chicha dégoûtante. Le narrateur, professeur d’université (spécialiste d’Huysmans, c’est important) doté d’un affect bien morne et d’une vie sociale inexistante, semble assister au délitement général dans une indifférence passive. Tout le cahier des charges houellebecquien est là : nihilisme (malgré Huysmans le converti), désabusement cynique, sexualité non épanouie et servie sans artifices par à-coups pour faire tiquer le bourgeois, des personnages de femmes qui ne semblent être là que pour servir la logique du narrateur, mais aussi bien sûr l’analyse souvent pertinente d’une situation qui se désagrège en léger différé sur l’autel de la laïcité, du pouvoir supérieur de l’argent face à la transcendance, de la dissolution possible des idéaux dans n’importe quelle fable religieuse. Et puis surtout, ce sens de l’humour (et on le sent ricaner tout le temps derrière la porte) imparable avec çà et là, une vérité qui jaillit comme un geyser en fin de paragraphe.

Verdict : a fait mieux et peut mieux faire ! Il n’empêche, Houellebecq reste un auteur insaisissable qui laisse l’image trouble d’un grand observateur des névroses contemporaines (individuelles et sociétales) autant qu’un chirurgien pervers qui prendrait un certain plaisir à élargir la plaie de son patient sous anesthésie.

Quant à la fin, elle risque d’en déstabiliser plus d’un.

À vous de juger.

Didier

Soumission. Michel Houellebecq. J’ai Lu. 320 pages. EUR 8.40