« Slumberland », Paul Beatty

Dans la foulée de Moi contre les Etats-Unis d’Amérique, couronné par le Man Booker Prize 2016 (et pour la première fois décerné à un auteur américain plutôt qu’à un britannique), les éditions Cambourakis ont l’excellente idée de ressortir Slumberland, le roman précédent de Paul Beatty.

Alors attention O.V.N.I. Difficile de planter le décor mais essayons quand même. Fin des années 80. Ferguson Sowell est beau, fort, black et DJ à Los Angeles. En plus d’inventer des nouveaux mots (genre je suis son-melier) qu’il tente de faire breveter, il a surtout inventé le beat parfait. Le seul type à la hauteur de son génie autoproclamé qui serait capable d’enrober son beat par une mélodie ultime s’appelle le Schwa, une icône du free-jazz qui a disparu de la circulation. Quand il reçoit une cassette VHS de zoophilie (!) avec une bande-son inédite du Schwa envoyée depuis Berlin-Est, il comprend que c’est un signe. Bye-bye L.A., en route vers Berlin, où il va devenir le DJ résident et juke-box master du bar le Slumberland. Ich bin ein Berliner donc, en attendant le Schwa et que tombe le Mur…

Voilà, j’ai essayé mais je me rends compte que l’histoire risque d’en dérouter plus d’un. C’est donc plutôt sur la verve et le style que je vais tenter l’accroche, même si c’est au diapason de cette fiction complètement azimutée. Paul Beatty fait du free-jazz avec les mots et n’a peur de rien. Il fusionne en permanence envolées poétiques, digressions sur des concepts improbables comme la négressence qui dépassent tous les discours déjà entendus sur l’intégration de l’homme noir ou la culture afro en général, fulgurances sexuelles et vannes sur la psyché coupable des allemands pendant la guerre froide, le tout enrobé du fond sonore de la playlist qui atterrit sur ses platines (c’est peut-être juste un peu trop référencé pour nos oreilles européennes). Pour être aussi précis qu’approximatif, on se promène quelque part entre Ben Lerner, Martin Amis et Junot Diaz. C’est surtout irrévérencieux, culoté et souvent à pisser de rire (car c’est le seul roman-vérité où vous apprendrez notamment qu’Ottis Redding a été assassiné par la CIA pour ramener les Beatles, ces 4 agents du régime capitaliste blanc engagés pour endormir le peuple au son d’une cithare, aux sommets du hit-parade).

Quant au boulot sur la traduction, il est tout simplement remarquable et survolté.

Voilà. À bon entendeur… attention les yeux. Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenu.

Bonne lecture.

Didier

Slumberland. Paul Beatty. Editions Cambourakis. 279 pages