« Si tous les dieux nous abandonnent », Patrick Delperdange

Patrick Delperdange nous a fait l’immense honneur récemment de venir nous parler de son dernier roman, Le cliquetis, qualifié par l’auteur lui-même de feel-good-book. C’était sans doute pour compenser la noirceur extrême de son opus précédent, paru queCe document a ŽtŽ crŽŽ et certifiŽ chez IGS-CP, Charente (16)lques semaines auparavant. Où l’on suit d’abord Céline qui, comme sur l’inquiétante couverture, court seule sur une route de campagne, entre brume et sous-bois. Elle n’est pas en fugue mais en fuite et on ne tarde pas à découvrir qu’elle a quelque chose d’important et organique dans le tiroir. Elle se réfugie chez Léopold, un vieil homme qui soliloque ou parle au fantôme de sa femme. Tout ça sous le regard de Josselin, le simplet du village, sexuellement frustré et dont le frère est une sale teigne dangereuse. Mais qui est vraiment le méchant dans tout ça? Les secrets sont tellement enfouis sous les ronces des souvenirs scabreux et des mauvaises consciences qu’on serait bien en peine d’y mettre un peu de lumière.

Nous voici donc dans un roman à trois voix, qui prend chacune à son tour la parole pour faire avancer la narration. Elliptique mais pas trop, à cent mille lieues du polar urbain, Delperdange nous emmène dans un engrenage insensé de petits destins enchevêtrés, tendant inexorablement vers le pire.

On pense à Simenon pour la tension poisseuse, à Agotha Kristof pour l’épure dramatique et l’économie des mots, à Djian pour le sens de la formule en fin de paragraphe ou de chapitre. C’est dire si le style est extrêmement soigné et précis, au scalpel presque. Et que l’auteur n’a pas son pareil pour faire lever les yeux de ses personnages vers le ciel pour y lire, non pas un signe des dieux, mais plutôt le mauvais présage dans la course du vent.
Vous voulez un roman sans espoir. Alors foncez. C’est du lourd.

Didier

Si tous les dieux nous abandonnent. Patrick Delperdange. Série Noire, Gallimard. Décembre 2015. 230 pages. EUR 17.-