« POLICE », Hugo Boris

 

Une rencontre avec Hugo Boris est organisée à la Licorne le 21 octobre 2016 à 19h30.

9782246861447-001-XImpossibe déjà de transcrire correctement le titre, puisqu’il est écrit de droite à gauche, en miroir, sur la couverture. Une manière de nous inviter dès le départ dans l’envers du décor. Car si les flics sont un genre à eux seuls en littérature, Hugo Boris a l’excellente idée de nous emmener en vadrouille avec trois gardiens de la paix tout ce qu’il y a de plus lambda, de ceux qu’on croise tous les jours, ceux qu’on ne double pas en voiture et qui passent leur temps à essuyer des plâtres, verbaliser, arrêter des petites frappes et intervenir dans les misères conjugales de l’arrondissement.

Il y a Erik, celui qui a le plus de bouteille, qui pense avec pragmatisme et veut en terminer au plus vite avec la mission. Aristide, jeune, beau, la grande gueule du commissariat, force incarnée qui cache un cœur d’artichaut. Et pour compléter le trio, Virginie, la chouette fille qui se pose trop de questions pour son métier, jeune mère et déjà épouse délaissée. On comprend très vite, en montant dans la voiture, qu’elle a un énorme souci, à savoir une crevette dans le tiroir, œuvre d’un de ses deux coéquipiers, et dont elle doit se débarrasser le lendemain. L’ambiance n’est pas terrible, d’autant plus qu’il faut aller chercher un réfugié du Caucase dans un centre de rétention en flammes et l’amener sur le tarmac de Roissy-CDG pour le renvoyer dans son pays.

Hugo Boris met tout ce petit monde en voiture, verrouille les portes, serre les ceintures au maximum et appuie sur l’accélérateur, pied au plancher dans un huis-clos particulier, une aventure humaine où chaque mot échangé, chaque regard, chaque acte posé, chaque questionnement devient le moteur d’un suspense où les protagonistes ne sont plus maîtres de leur sort. Le lecteur avisé est assez rapidement emmené au cœur moral de l’intrigue : deux êtres vivants au moins doivent être expulsés, rejetés à la frontière de la vie. Ils sont tous deux en danger de mort. À moins que… Il suffirait peut-être…

Allez-y. Foncez. Découvrez l’écriture très précise d’Hugo Boris, acérée comme une lame lorsque la tension monte, fluide et déliée quand il faut lâcher du lest. Aussi à l’aise dans les dialogues qui rebondissent dans l’habitacle que derrière les gilets pare-balles, au fond de ces êtres humains secoués en tous sens par des dilemmes éthiques et des contradictions existentielles insurmontables. Pas du tout moralisateur pour autant, évitant soigneusement les écueils, il nous immisce dans une réalité complexe, où les questionnements se diluent dans l’aveuglement des gyrophares et de la stridence des sirènes.

Une histoire. Un style. Du rythme. Un écho très particulier. Et une certaine forme de compassion. Hugo Boris nous prouve une fois de plus qu’il semble pouvoir s’approcher de n’importe quel genre littéraire et se l’approprier avec ses propres thèmes. Une démarche intéressante, qui fait de lui comme une sorte d’écrivain explorateur, qui prend le risque de ne pas toujours creuser le même sillon. Pas la voie la plus facile en tout cas.

Bravo et papiers SVP.

Didier

POLICE. Hugo Boris. Grasset, 2016. 185 pages.

Hugo Boris présente « POLICE »