« Orfeo », Richard Powers

Peter Els est un retraité solitaire qui s’amuse avec des séquences d’ADN dans son arrière-cuisine. Lorsque la Sécurité Nationale lui tombe dessus, il 9782749133652prend instinctivement la fuite et devient l’ennemi public n°1, recherché dans tout le pays pour terrorisme bactériologique. Pourtant, il ne faisait que passer le temps à vérifier s’il pouvait écrire une symphonie ultime, ou plutôt son ultime symphonie,  à partir de l’infini hasard de la multiplication des cellules.  Car Peter est compositeur qui a consacré sa vie à la musique classique et expérimentale. Richard Powers nous entraîne dans la fugue de cet homme à travers un monde qui ne l’a jamais compris et une Amérique hautement anxiogène que lui-même n’a jamais comprise.  Le destin de Peter défile au fur et à mesure des étapes de son errance d’hors-la-loi et des retrouvailles avec les quelques personnes qui ont compté dans son existence (son premier amour, sa femme, sa fille, son seul ami…) mais qui se sont toujours éloignées de lui et de sa plongée abyssale dans  l’art, les harmonies et « cette question restée sans réponse sa vie durant : par quelle ruse la musique laissait-elle croire au corps qu’il possédait une âme ? »

D’une prose et d’une intelligence inouïe, Powers nous livre un roman d’une seule pièce, une partition à tombeau ouvert seulement interrompue par des  tweets qui donnent un peu de respiration au récit, presque comme des silences entre les notes sans cesse égrainées de cette cavalcade. Sorti dans la collection « lot 49 », référence au roman aussi passionnant qu’hermétique de Pynchon, Orfeo fait partie de ces œuvres imposantes qui exigent aussi beaucoup du lecteur, peut-être même un peu trop (quelques notions de solfège aideront). Il n’empêche, certains passages fulgurants comme l’histoire du Quatuor pour la Fin des Temps d’Olivier Messiaen joué en 1941 au Stalag VIII de Görlitz, ou l’écriture d’un opéra contemporain à partir du siège de Munster en 1534, sont à eux seuls des grands moments de littérature.

Un grand livre sur la passion et l’obsession qui confine à la solitude.

Bonne lecture

Didier

Éditions Le Cherche Midi, 2015, 425 pages.