« L’ours est un écrivain comme les autres », William Kotzwinkle

Arthur Bramhall est un professeur de littérature à l’université du Maine qui s’est retiré dans une cabane au fond des bois pour écrire le roman de sa vie, que (plus) personne n’attend. Il le tient, son grand roman américain, il voit déjà le monde éditorial à ses pieds, mais par peur des flammes et des voleurs, il a la mauvaise idée de planquer son manuscrit terminé au pied d’un arbre avant d’organiser son retour vers la civilisation. Passe un ours, un peu déprimé par les hivers rudes et la difficulté chronique de trouver encore du saumon ou des confitures de myrtilles. Il déterre le livre en se disant qu’il échangerait bien sa vie d’ursidé contre celle d’un écrivain à succès. L’ours débarque à New-York sous le pseudo de Dan Flakes et devient la tête de gondole de la rentrée littéraire… Son roman est considéré comme un pur chef d’œuvre alors que lui est tellement, comment dire, nature, brut de décoffrage, et si imprévisible sur les plateaux télé. Certes, le monde des humains est plein de surprises difficiles à appréhender (la copulation notamment, qui arrive bien plus souvent qu’en forêt) mais qu’importe, il affole la jet-set et devient la coqueluche d’Hollywood. De son côté le pauvre Arthur Bramhall, anéanti par la perte de son livre, s’enfonce dans la folie et dans les bois pour devenir… devinez quoi : un ours bien sûr.

On l’aura compris, nous sommes ici en pleine farce qui égratigne allégrement la culture de l’image et le monde égocentré, à double fond, des écrivains lorsque celui-ci est emporté par l’essoreuse du show-business. C’est aussi une parabole sur le prix de la liberté. Peut-être un chouia trop long (ça s’essouffle un peu sur la fin) mais plus que drôle : carrément tordant et jubilatoire. Un Ovni qui a mis presque vingt ans pour être enfin traduit en français et qui vient de sortir en poche. Overdose de miel garantie.

Didier

L’ours est un écrivain comme les autres. Editions Cambourakis. 2014. 302 pages