« L’ordre du jour », Eric Vuillard

!!! Eric Vuillard sera à la Licorne le samedi 16 septembre 2017 à 17 heures !!!

«Le soleil est un astre froid. Son cœur, des épines de glace. Sa lumière, sans pardon.» Comme toujours, le premier jaillissement quand on entre chez Vuillard est cette prose magnifique.

20 février 1933. Ils sont vingt-quatre, tirés à quatre épingles, pardessus doublés pour l’hiver, descendant de leurs berlines noires pour entrer dans le palais du président du Reichstag, un certain Goering. À l’ordre du jour :  une visite éclair et souriante, presque facétieuse, d’Hitler, suivie d’une levée de fonds pour financer son élection prochaine. Somme toute une journée ordinaire pour ces hommes d’affaires qui représentent des empires tels qu’Opel, Krupp, Siemens, ou les IG Färben. Des hommes confiants en l’avenir, des patrons intouchables qui, bien sûr, ne seront jamais inquiétés lorsque tout cela sera fini, en cendres et l’Histoire jonchée de dizaines de millions de cadavres. Que du contraire.

Petit bond en avant (ou en arrière, c’est selon). 12 mars 1938 : l’Anschluss. Il est temps pour le Führer de récupérer son village natal. Une annexion arrangée, sans la moindre résistance. Pourtant son armée va patauger toute la journée dans la gadoue. Qui a parlé de Blitzkrieg ? Et alors que dans les rues de Vienne on commence à désespérer de voir le moindre char, à Londres Ribbentrop discute tennis et mange des macarons avec son hôte Chamberlain.

Eric Vuillard voudrait bien en rire. Nous aussi d’ailleurs. Ils sont tellement ridicules, ces bouffons du 3ème Reich, pris dans ces faisceaux particuliers qui précèdent au désastre. Tant de bêtise invite presque à la légèreté. Sauf que ce n’est pas drôle. Car le programme était là, écrit noir sur blanc, clair comme de l’eau de roche, et tous les acteurs du prologue, d’un côté comme de l’autre, ont fait semblant de ne rien voir.

Vuillard, après le génocide indien et la prise de la Bastille (pour ne citer que ses derniers récits) continue son œuvre si particulière, sa façon de zoomer sur des événements et de les éclairer de biais, loin des idées reçues et des certitudes charriées par les livres d’histoire. Cette fois pourtant il ne sort pas les quidams oubliés pour les mettre en lumière (sans doute sont-ils trop nombreux). Il garde son projecteur braqué sur les puissants, notamment ceux qui, à l’époque, parlaient de « nazis modérés » comme d’autres parlent aujourd’hui de « suprémacistes blancs qui ont leurs raisons ».

Alors était-ce vraiment la dernière ?

On lui posera la question de vive voix à la Licorne le samedi 16 septembre à 17h00. La réponse ne sera pas facile à botter en touche. Ne la manquez surtout pas.

Didier.

L’ordre du jour, récit. Eric Vuillard. Actes Sud, un endroit où aller. 150 pages