« Les fantômes du vieux pays », Nathan Hill

Alors voici la recette pour réussir un grand roman américain avec cinq ingrédients, appliquée à une des briques très attendues de la rentrée

  • L’épaisseur du livre, gage que l’auteur n’a pas lésiné sur les moyens : alors ici, Nathan Hill a sué dix ans pour écrire son premier roman qui, à l’arrivée, fait 720 pages, pèse ½ tonne et surtout, ne manque pas de profondeur.
  • Un personnage central, anti-héros qui est en quête de questions / réponses sur son propre destin : en l’occurrence Samuel, célibataire, professeur de littérature, écrivain raté et procrastinateur, déconnecté du monde réel, abandonné par sa mère quand il était encore gamin.
  • Des personnages secondaires hauts-en-couleur autour desquels l’histoire va pouvoir s’articuler : sa mère, Faye, qui revient en boomerang dans sa vie lorsqu’elle se met à passer en boucle à la télé après une tentative d’attentat (aux cailloux !) contre un politicien conservateur très en vue. Citons aussi un éditeur bien allumé, son meilleur ami d’enfance et la sœur de celui-ci, dont il est depuis toujours amoureux, ainsi que quelques cinglés qui jouent compulsivement avec Samuel en ligne dans un monde imaginaire qui s’appelle Elfscape. Une fameuse galerie.
  • Des névroses familiales qui se transmettent de génération en génération et qu’il va falloir démêler : que faisait donc sa mère, cette banlieusarde éteinte, au milieu d’activistes hippies révoltés à la grande manif anti-Vietnam de 1968 à Chicago ? Et quel est donc le lourd secret ramené par le grand-père (avec quelques esprits tordus, les fantômes du titre) lorsqu’il a quitté son village en Norvège, juste avant la guerre ? Ici encore Nathan Hill nous ballotte entre les époques (surtout le chassé-croisé 1968-2011 entre Chicago en fusion et Occupy Wall-Street) avec une facilité déconcertante, au fil d’une narration à tiroirs et plusieurs points de vue.
  • Faire la démonstration que les Etats-Unis sont une nation gangrenée, à l’histoire et à la mémoire courte, mais que ceux qui habitent son grand corps malade ne se résignent pas et que la fiction peut toujours se confondre avec la réalité.

Bref, tout y est. Comme dans les séries US, il y a parfois quelques astuces narratives déconcertantes mais au bout du compte, on en sort complètement bluffé et un peu sonné. John Irving peut prendre sa pension et Franzen faire une pause, la relève est là.

Excellente lecture

Didier

Les fantômes du vieux pays. Nathan Hill. Gallimard (Du monde entier). 720 pages