« Le chien, la neige, un pied », Claudio Morandini

Certes le titre n’est pas très aguicheur et la photo de couverture n’est pas du genre à donner envie de prendre ce livre, le caresser et l’ouvrir, pourtant ce serait dommage de passer à côté de ce court roman traduit de l’italien.

C’est l’histoire d’Adelmo Farandola, un vieillard hirsute qui vit dans son chalet tout en haut de la montagne, isolé du monde, là où personne ne vient, si ce n’est parfois un garde-chasse qui pose trop de questions. C’est qu’Adelmo n’a plus toute sa tête, le pauvre. Il oublie ce qu’il a fait la veille, ses souvenirs sont comme un magma dans lequel les jours et les saisons se confondent, il soliloque avec des fantômes du passé et préfère parler aux pierres plutôt qu’aux hommes, qu’il évite comme la peste et qui se moquent de lui lorsque, d’aventure, il est forcé de descendre au village pour s’approvisionner.

Un jour, alors qu’il remonte vers les cimes, un chien le suit. Un chien aussi perdu que lui, un peu idiot, qui ne pense qu’à manger et se fout de sa poire en plus, comme s’il lui tendait un miroir de sa propre folie. Ils vont s’adopter l’un l’autre, comme un très vieux couple où l’on s’aime autant que l’on se déteste. Vient l’hiver et, à la fin de celui-ci, l’apparition d’un pied sur le glacier qui jouxte la cabane. D’où vient-il ? A qui appartient-il ?

Claudio Morandini compose ici un conte macabre et étourdissant, avec une capacité étonnante de remodeler la solitude et la folie en forme d’avalanche, comme une neige sale et compacte que même la valse des saisons n’arriverait pas à faire fondre. Les dialogues imaginaires entre le chien et l’homme sont l’autre grande prouesse du livre en introduisant un humour revêche et décapant qui nous protège un peu du froid et de l’hostilité des éléments.

A découvrir donc. Et à refermer si possible au coin d’un feu qui crépite, avec le vent et les bruits de la nature au dehors.

Ah oui, un dernier conseil : arrêtez-vous page 129 et évitez la postface où l’auteur se met à expliquer pourquoi il a écrit ce roman, dix pages aussi inutiles que de terminer un Stephen King par une recette de cuisine.

Didier.

« Le chien, la neige, un pied ». Claudio Morandini. Editions Anacharsis. 141 pages.