« La succession », Jean-Paul Dubois

Paul Katrakilis se raconte. Pendant les quelques années où il a vécu à Miami, il a été un homme heureux. S’adonnant à sa passion, la cesta punta (cette balle-pelote basque avec une main de géant en osier), au sein de la ligue pro de Miami, il croit avoir largué définitivement les amarres et mis suffisamment de distance avec son père et les fantômes de sa famille de cinglés, restés à Toulouse.

133334_couverture_hres_0Jusqu’au jour où le téléphone sonne pour lui annoncer la mort de son géniteur, médecin généraliste de son état. Lui aussi s’est suicidé. Comme les autres. De manière rocambolesque, presque avec panache. Comme le grand-père dont les origines grecques restent très floues et qui a prélevé une lamelle de cerveau de dictateur au moment de l’autopsie de Staline. Comme sa mère et son oncle qui vivaient en couple dans la maison familiale. Il va falloir retraverser l’océan pour s’occuper des funérailles et des dispositions testamentaires. Et trouver le sens caché, si du moins il y en a un, dans cette généalogie pour le moins incongrue.

Jean-Paul Dubois reste sans conteste le plus américain des auteurs français. Pas seulement parce qu’il nous fait voyager entre la Floride et l’Hexagone, mais aussi parce qu’il nous emmène une fois de plus dans une histoire de transmission et de tamis génétique sur plusieurs générations, et surtout parce qu’il laisse finalement peu de place à l’introspection, laissant le soin au narrateur de dévider le chapelet de son histoire pour un lecteur aussi perplexe que lui. Advienne que pourra…

Il y a aussi, fort heureusement et comme toujours, ce grand sens de l’humour pour faire contrepoint à la solitude de l’existence. Avec certes un ou deux raccourcis narratifs mais dans l’ensemble un excellent cru. Les fans en tout cas apprécieront. Pour les autres, une bonne porte d’entrée dans l’univers de Dubois.

Didier

La succession. Jean-Paul Dubois. Editions de l’Olivier. Août 2016.  234 pages. 19€.