« Guerre et Térébenthine », Stefan Hertmans

Guerre et térébenthine, deux mots qui recouvrent à eux seuls toute la vie d’un homme : l’atrocité de la guerre et l’apaisement par la peinture. A la mort de son grand-père Urbain Martien, l’écrivain Stefan Hertmans découvre ses cahiers remplis de notes retraçant son enfance à Gand, son amour de jeunesse, la Grande Guerre… et la vie plus jamais comme avant. Admiratif de son propre père, artiste peintre, il refuse de suivre la voie qui lui était tracée dans la sidérurgie et se voit lui-même peintre. Il tentera à force de travail de réaliser son rêve. Mais la guerre met un terme à ses projets et réduit ses efforts à néant. C’est ravagé dans son corps et dans son âme qu’Urbain rentre retrouver sa bien aimée pour tenter de revivre, avec dans sa tête d’atroces images qui le poursuivront sans fin. Mais la vie en décide autrement, en emportant la belle. Ne reste plus à Urbain que la peinture dans laquelle il se consacrera tout entier. Un homme déchiré entre un idéal et un cauchemar. L’auteur restera longtemps avec ces pages, sans trouver la force en lui pour en faire un livre, une vie, sentant qu’il allait devoir se mettre au service de cette vie et régler quelques comptes avec sa propre enfance. Et c’est finalement avec brio et une grande sensibilité qu’il nous retrace la destiné de cet homme passionné que la vie a rudoyé sans pitié. Mais c’est aussi une page d’histoire de la Belgique, petit pays pris en tenaille par les grandes puissances, champ de batailles sur lequel les Belges, francophones et flamands, vont devoir se battre et s’entendre. Déchirure à nouveau entre ces deux communautés, qui se comprennent mal mais n’ont d’autres choix que de se battre côte à côte. Sensible et très juste, ce texte est une déclaration d’amour entre un petit-fils et son grand-père. Un grand livre, sans suspense et sans autre scénario que celui que la vie impose, dur, injuste, cruel, l’histoire d’une vie, tragique.

Arnaud

Traduit du néerlandais (Belgique) par Isabelle Rosselin

Éditions Gallimard, 2015