« Gabacho », Aura Xilonen

Chaud devant. Brûlant comme une météorite, voici un roman écrit par une jeune mexicaine d’à peine vingt ans qui arrive pile poil pour ouvrir une brèche dans le mur de 1600 km que Trump et sa bande de suprémacistes blancs veulent ériger le long de la frontière.

Roman d’une jeune fille donc, mais bourré de testostérone puisque c’est Liborio, un ado tourmenté branché sur piles inusables à cent mille volts, qui est le narrateur de sa propre histoire. Loser magnifique, orphelin, clandestin dans une ville-frontière côté USA, on le découvre au début de son récit travaillant pour deux sous dans une librairie branlante, avec un boss haut en couleurs qui l’insulte copieusement tout en essayant de lui faire comprendre la magie des livres. « J’en chiais sang et eau, parce que lire, bordel, ça fait mal aux yeux au début, mais petit à petit l’âme se fait contaminer. »

Bien sûr il est fou amoureux de la fille qui habite l’immeuble d’en face, la gisquette comme il dit, et lorsque l’occasion lui est donnée de la défendre, il va faire parler ses poings, qui sont de la dynamite et dont il pourrait peut-être se servir à meilleur escient… Les gringos, les crevards et les kékés peuvent bien le traiter de sale peau-rouge, tout ce qu’il veut Liborio, c’est qu’on le respecte.

On va alors assister à une descente dans la nuit sombre suivie d’une remontée vers la lumière au contact de quelques personnages dont il va finir par accepter la main tendue. Le tout entrecoupé de flash-backs sur son enfance, sa traversée à la nage du Rio Grande et d’autres épisodes dingues où il a frôlé la mort pour échapper aux flics et aux racistes de tout poil.

Roman d’initiation qui fonce tête baissée dans le maelstrom des sentiments adolescents et rendu par une langue sauvage et indomptée, Aura Xilonen fait tour à tour penser à Salinger, à John Fante (Ask the Dust bien sûr), à Ken Saro Wiwa, à Junot Diaz, le tout pimenté à sa sauce et hérissé d’épines de cactus. Un style sans fioritures, parfois grossier même, mais qui impose au langage des torsions et des contorsions aussi novatrices qu’explosives. Applaudissons d’ailleurs au passage le travail titanesque au niveau de la traduction.

Si vous n’avez pas froid aux yeux et êtes avide de mots nouveaux, ce roman est pour vous. Une petite pépite qui brille dans le désert et encore une belle surprise des éditions Liana Levi. Il faudrait juste que quelqu’un pense à appeler Innaritu ou les frères Coen pour les droits cinématographiques.

Didier.

Gabacho. Aura Xilonen. Editions Liana Levi. 360 pages. 22 euros.