« Funny girl », Nick Hornby

So british. À peine est-elle sacrée Miss Blackpool que Barbara se déleste de son costume étriqué (facile : un maillot) pour céder sa couronne à la dauphine, persuadée que son destin n’est pas de finir en ex-reine de beauté provinciale mais bien de devenir une vedette de télévision. Elle décide donc de prendre son destin en main et de descendre à Londres où, après des dizaines d’auditions sous son nouveau nom de scène Sophie Straw et alors que tous ses rêves sont sur le point de s’évaporer au rayon des parfums du centre commercial où elle a déniché un boulot de sois belle et souris, elle finit par décrocher le sésame et obtenir le premier rôle de… Barbara (et Jim), une nouvelle série humoristique de la sacro-sainte BBC. Toute l’équipe (et le lecteur) tombe sous le charme de cette fille aussi superbe que gouailleuse, avec son accent du nord, ses grimaces et une langue qu’elle a tout sauf en poche. Elle devient la star de Dennis, le gentil producteur, de Tony et Bill, les deux jeunes scénaristes qui se débattent chacun à leur façon avec une homosexualité qui commence seulement à dire son nom du bout des lèvres, et de Clive, dandy playboy qui lui donne la réplique (le Jim entre parenthèses). Bientôt c’est toute l’Angleterre, passionnée par les tribulations de ce jeune couple aussi moderne qu’improbable, qui succombe. Nick Hornby, en grande forme (avec ce faux air d’à peine y toucher, surtout dans les dialogues), nous entraîne, dans le tourbillon des swinging 60’s, avec une jubilation et une infinie tendresse pour ses personnages. De saison en saison, on suit le processus d’écriture, les tournages en mode théâtre avec public, et bien sûr l’évolution des sentiments des protagonistes qui, comme dans toutes les séries, finiront bien par s’essouffler.
A priori pure comédie sentimentale (on chausse des flip-flap au début), Funny Girl se révèle être aussi un roman social assez convaincant, miroir plus vrai que nature de ces années folles où tout semblait possible pour une jeunesse trop longtemps bridée qui pouvait enfin s’ouvrir en corolle.
Au bout du compte, le meilleur Nick Hornby depuis Haute Fidélité, qui se déguste comme un Chokotoff géant, plaisir aussi futile que bienfaisant.
Didier

Éditions Stock, 2015