« Et quelquefois j’ai comme une grande idée », Ken Kesey

Mise en page 1À ceux qui aiment les romans-fleuves, ne ratez surtout pas ce pavé qui parait aujourd’hui en poche deux ans après la première traduction originale exceptionnelle aux éditions Toussaint Louverture, une maison qui n’en finit plus de nous étonner en déterrant des chefs d’œuvre oubliés de la littérature américaine. À se demander comment un roman de cette envergure a mis cinquante ans pour parvenir aux lecteurs francophones. Paru en 1964, Ken Kesey considérait d’ailleurs lui-même ce roman comme plus important et abouti que  Vol au-dessus d’un nid de coucou.
L’action se passe en Oregon, où le clan Stamper, qui habite depuis trois générations une maison branlante au bord de la rivière, règne en maître sur toutes les familles bûcherons du coin. Quand la grève surgit, Hank Stamper, mâle dominant dans toute sa splendeur et ses fêlures, décide seul contre tous et le syndicat de continuer à débiter la forêt en rondins et de fournir le bois. Au même moment surgit son demi-frère après des années d’absence, qui semble vouloir prêter main forte mais ne pense en fait qu’à assouvir une vengeance envers celui qui l’a un jour humilié, sur le lieu même de son crime.
À mille lieues de la génération beatnik de l’époque, c’est plutôt du côté de Faulkner qu’il faut aller chercher la filiation. C’est dire si c’est un roman qui n’est pas facile d’accès. Mais il ne faut surtout pas se décourager. Passées les cent première pages, on devient hypnotisé par ce style incroyable qui fait avancer la narration en donnant la voix à tous les personnages dans un même chapitre, parfois dans un même paragraphe. On se laisse alors porter par cette symphonie qui plonge au plus profond du cœur des hommes tout en magnifiant une nature rude et sauvage dans une prose aux confins de la magie. On sort de là certes épuisé mais avec le sentiment d’avoir lu un des plus grands romans jamais écrits sur les origines et la transmission. Énorme.
Bonne lecture
Didier

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