« Calcaire », Caroline De Mulder

D’emblée, une chose est sûre : Caroline De Mulder est une auteure éclectique et qui ne verse pas dans la facilité. Après l’étonnant Bye Bye Elvis, elle nous revient avec Calcaire, son nouveau roman noir de noir paru chez Actes Sud. C’est aussi un retour au pays puisque l’action se déroule au fin fond du Limbourg, dans un triangle glauque et interlope qui relierait Hasselt, Riemst et Maastricht, une région à mille lieues de la Flandre triomphante vendue sur carte postale par la coterie politicienne anversoise.

Un triangle des Bermudes aussi, où des âmes frêles et indigentes comme la jeune Lies peuvent disparaître sans laisser de trace, sous les décombres d’une villa pourrie appartenant à celui qui l’entretenait, un homme d’affaires véreux dont les secrets sont probablement enfouis avec les déchets toxiques qu’il déverse dans les labyrinthes souterrains des mines de calcaire désaffectées. Et quand Frank, le petit ami de Lies, soldat déglingué et déjà bien abîmé par la vie, décide, avec l’aide d’un ferrailleur au verbiage haut en couleurs, de savoir ce qui lui est arrivé, il est loin d’imaginer ce qu’il va trouver dans les entrailles de la terre et de la cupidité morbide des hommes.

La particularité du travail de Caroline de Mulder se situe avant tout au niveau du langage. Paragraphes courts, phrases scandées et débarrassées du superflu grammatical ou syntaxique, changements de rythmes et de procédés narratifs selon les personnages, oscillation entre folie et réalité, insertion d’argot flamand pour enraciner le récit, variations poétiques sur le règne minéral, elle fait feu de tout mot et offre une démonstration brillante d’adéquation entre le fond et la forme.

Lorsqu’elle était venue nous parler de Calcaire à la Licorne en Mai, elle s’était défendue lorsque j’avais émis l’idée qu’elle avait écrit un roman noir jusqu’au bout, âpre et poisseux, prétendant qu’au contraire, elle avait aussi voulu y mettre beaucoup de lumière. Et c’est vrai que dans les abysses il y a des bribes d’amour et d’espoir. Mais je vous laisse juger…

Didier

Calcaire. Caroline De Mulder. Coll. Actes Noirs / Actes Sud. 212 pages