« Au commencement du septième jour », Luc Lang

9782234081857-001-x_0Au commencement il y a Thomas, brillant informaticien spécialisé dans les nouveaux outils de traçabilité, qui apprend que son épouse a eu un grave accident. Elle est dans un coma profond, peut-être irréversible. Comment survivre à un tel drame ? Comment continuer à vivre ? Comment parler à l’être aimé devenu plante ? Comment gérer deux enfants qui posent mille et une questions ? Comment continuer à travailler et rencontrer des objectifs de plus en plus intenables ? Chez qui se réfugier et trouver du réconfort ? À ces questions existentielles s’en superposent d’autres, plus factuelles : que faisait-elle à trois heures du matin sur cette route départementale au milieu de nulle part ? Pourquoi ne lui avait-elle pas dit qu’elle était enceinte ? Et pourquoi y a-t-il des bugs dans les boîtes noires des systèmes de navigation et de freinage du véhicule ?

Thomas trouvera-t-il des réponses chez son grand frère protecteur, artisan fromager, qui vit presque reclus dans les Pyrénées ? Ou chez sa sœur qui répare les vies blessées au péril de la sienne dans les contrées à haut risque du nord du Cameroun ? Le danger de les retrouver sera-t-il salvateur ou dévastateur ?

Voilà un roman bien difficile à commenter. Certes, Luc Lang a su trouver le style et la structure adéquats. L’atmosphère est aussi lourde que le texte est dense, presque sans ponctuation et avec des dialogues très peu aérés. Chaque description, intérieure ou extérieure, est affinée jusqu’à l’extrême, confinant au texte un rendu exemplaire du présent, recourant avec une grande intelligence narrative aux ellipses pour l’éclairer. Et son histoire ressemble vraiment à la vie parce qu’elle mue, parce qu’on croit qu’elle va prendre une certaine direction mais va se métamorphoser en autre chose, d’inattendu.

Il y a pourtant une impression de trop plein à l’arrivée, qui n’est pas dû qu’à l’épaisseur du livre. Luc Lang, jusqu’au-boutiste, nous livre une tragédie contemporaine en trois actes. Où les thèmes finissent par se multiplier plutôt que se télescoper. On aurait aimé, par exemple, que le thème de l’aliénation de l’homme moderne face au travail, admirablement lancé dans la première partie (on pense aux meilleures pages de Reinhardt dans Cendrillon), soit traité jusqu’au bout. Mais les secrets de famille et la notion toute relative d’utilité parmi les hommes emmènent Thomas ailleurs, là où il doit aller, d’accord, mais en délaissant forcément ce qui a été entrouvert. Son éditeur lui aura sûrement dit qu’il y avait là matière à plusieurs romans, mais Luc Lang lui a probablement répondu qu’il avait suffisamment de talent et de bouteille pour livrer son art sans l’enfermer dans les carcans de la facilité. Et quand on cite Mac Carthy en exergue, il vaut mieux n’avoir peur de rien.

Un roman aussi ambitieux qu’exigeant, au souffle puissant, marathonien presque, mais qui a aussi les défauts de ses qualités.

Didier

Au commencement du septième jour. Luc Lang. Stock. 538 pages.