« Ada », Antoine Bello

Frank Logan est flic dans la Silicon Valley, un flic intègre et juste, même si c’est le genre de qualités qui l’ont souvent empêché de gravir les échelons de la gloire. Mais qu’importe, heureux en ménage depuis trente ans avec sa femme Nicole, une idéaliste française et pro-cubaine qui n’oublie jamais de le remettre dans le droit chemin de la pensée marxiste, père d’une fille brillante et d’un fils un peu raté, il voit tout doucement sa fin de carrière approcher. Comme responsable des disparitions en tous genres, il a traité des centaines de dossiers d’ados fugueurs et de prostituées en rade, mais c’est la première fois qu’on lui confie une enquête sur la disparition d’un logiciel.

Le voilà plongé dans l’univers aussi cool qu’impitoyable de la société Turing, une start-up du coin qui développe une AI (intelligence artificielle) prénommée Ada et qui s’est fait la malle ou pire, a été kidnappée, alors qu’elle était confinée dans une pièce ultra-sécurisée. Ada qui était sur le point de terminer son premier roman, un best-seller dans la veine romantique à l’eau-de-rose pour lequel elle a été programmée. Entre les intérêts des actionnaires-requins paniqués par l’évasion de leur créature (comme dans Frankenstein), une femme de ménage hispano désignée comme coupable idéale et un roman de gare que Frank découvre et juge comme une daube indécente (mais ne fallait-il pas s’y attendre de la part d’un être sans neurones ?), l’enquête piétine. Jusqu’à ce qu’Ada se mette un contact avec l’inspecteur… Ada, une nouvelle femme dans la vie de Frank qui va le bousculer à la manière d’une maîtresse plutôt envahissante.

Antoine Bello nous livre un roman jouissif, très fin, avec tous les codes du policier un peu old-school, à côté de la plaque et avec presque toujours un coup de retard, mais qui a assez de bouteille pour pouvoir porter un jugement sur les intentions et les travers de chacun, même si le fond de la pensée d’Ada lui échappe un peu. Surtout, il nous fait entrevoir avec beaucoup d’acuité les défis et les questionnements pour l’avenir de l’humanité que soulève le développement des AI qui, on va vite le comprendre, ne sont pas là que pour écrire des ersatz des Hauts de Hurlevent à la moulinette.

Un très bon moment de et sur la littérature. Instructif, drôle, pas du tout prétentieux, malin jusqu’à la dernière ligne, c’est aussi une page-turner implacable auquel on ne s’attend pas en démarrant.

Didier.

Ada. Antoine Bello. Gallimard (coll. Blanche) 362 pages.