30/01 – Lyonel Trouillot

Rencontre – Mercredi 30 janvier 2019 à 19h00

Nous vous convions à venir rencontrer Lyonel Trouillot autour de son dernier roman « Ne m’appelle pas Capitaine », paru chez Actes Sud. Romancier et poète, intellectuel engagé, acteur passionné de la scène francophone mondiale, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd’hui.

Une étudiante en journalisme issue de la grande bourgeoisie blanche de Port-au-Prince fait l’expérience de l’altérité en se penchant sur la mémoire d’un homme surnommé Capitaine, son quartier en désuétude jadis bastion des luttes politiques, ses fantômes et, ce faisant, trouve avec lui et d’autres “échoués” le chemin pour faire de la vie une cause commune. Avec Ne m’appelle pas Capitaine, Lyonel Trouillot retrouve l’altitude unique et enivrante de La Belle amour humaine, aussi littéraire qu’universelle.

QUE PEUVENT SE DIRE un vieil expert en arts martiaux vivant en solitaire dans un quartier pourri et une jeune bourgeoise de vingt ans, dans un monde dominé par les préjugés et les écarts sociaux ?
Ne m’appelle pas Capitaine se veut le roman de l’impossible conversation entre l’un et l’autre. Les confidences du vieux et le monologue de celle qui semble être à ses propres yeux une jeunette sans profondeur prennent l’allure d’un combat entre une mémoire torturée par les déceptions amoureuses et les années de dictature et une légèreté sans empathie ni inquiétude qui n’a jamais appris qu’à consommer le monde. Pourtant, chaque fragment de récit amène l’introspection. Entre la belle Aude et le vieux Capitaine se met peut-être en place une petite victoire du langage sur ses propres limites, sur les déterminations et conditionnements qui divisent et emprisonnent. Leur conversation s’enrichit des mots de l’oncle Antoine et d’une bande d’enfants des rues, Jameson, Malouk, Abner, Foufoune qui y apportent chacun leur part de rage, de rêve et de mystère.
Se posent, disséminées dans ces multiples petits récits, les questions de l’amour et de la violence. Que fait-on de ce que l’aimant nous donne ? Et quand la violence nous écrase et commande une réponse, jusqu’où peut-on aller dans la violence ?
Ce qui se cache tant que les choses ne sont pas dites, révélées, peut être la part la plus forte du réel. Que peut-on entendre ou pas de ce que, enfin, l’Autre nous dit, nous révèle ? Vers quel soi-même insoupçonné nous conduit le miracle d’une oreille attentive ? L’hypothèse est-elle folle d’un langage et d’un agir abattant les barrières entre castes, générations, ghettos, clans ?
Ne m’appelle pas Capitaine, une conversation débutant par sa négation qui en vient à exprimer au fil des pages à la fois le désespoir et l’espérance que cachait le silence.

Lyonel Trouillot