27/02 – Yishaï Sarid

Jeudi 27 février 2020 à 19h00

Nous vous convions à une rencontre exceptionnelle avec un auteur israélien de premier ordre, Yishaï Sarid, qui n’a de cesse de questionner, sous différentes formes littéraires, l’identité de son pays et le devenir de son peuple, en abordant de front les dérives nationalistes et l’instrumentalisation du sacré à des fins politiques. Dans son nouveau roman, Le monstre de la mémoire, il s’attaque au périlleux sujet de la Shoah et de son entretien. À l’heure où l’on commémore les 75 ans de la libération d’Auscwhitz, il nous emmène derrière les yeux et dans la tête d’un guide « touristique » de la solution finale qui livre son rapport sur le devoir de mémoire et des méandres de l’enfer sur terre. Implacable et saisissant. Un sujet indépassable, qui nous concerne tous, et un entretien à ne manquer sous aucun prétexte.

Devenu spécialiste de la Shoah malgré lui, un historien israélien accompagne des groupes de lycéens dans leurs visites imposées au cours de “voyages de la mémoire” systématisés par l’État. Le voilà guide des camps de la mort.
Cette expérience, cette fréquentation intime et quotidienne des processus d’extermination nazis, doublées de sollicitations diverses autour des différentes formes que prend l’entretien officiel d’une inflammable mémoire, entament progressivement et profondément son rapport au monde et aux autres.
Rédigé sous la forme d’une lettre adressée au président de Yad Vashem (l’Institut international pour la mémoire de la Shoah sis à Jérusalem), cette sorte de rapport de mission bouscule le lecteur comme un interrogatoire musclé. Rapidement, le ton se tend. Une rage sourde imprègne chaque phrase, contamine le regard. On y lit l’implication et la rigueur scientifique du guide mais aussi sa solitude, son sentiment d’impuissance.
Dans une époque vouée au virtuel autant qu’au pragmatisme, Yishaï Sarid soumet à sa propre absurdité cette mise en scène de la mémoire au service d’un projet national qui érige la survie en triomphe. Le texte porte le constat terrible de l’impossibilité de transmettre, face à la banalisation du tourisme de l’horreur. Mais il contient son propre démenti : bref, saisissant, implacable, il a la puissance de déflagration et l’efficacité sensorielle d’un corps à corps avec ce monstre de la mémoire.

Portrait
© Rachel Sion

Né en 1965 à Tel Aviv, Yishaï Sarid a étudié le droit à Jérusalem et à Harvard. Il a travaillé au bureau du procureur pour les affaires criminelles avant de devenir avocat dans un cabinet privé. Il est le fils de Yossi Sarid, figure universellement respectée de la gauche israélienne, disparu en 2015. Le Poète de Gaza (Actes Noirs), son deuxième roman et le premier traduit enFrance, a reçu le grand prix de Littérature policière ainsi que le prix de la SNCF en 2011. Le Troisième Temple, paru en 2018 chez Actes Sud, a été lauréat du Bernstein Prize 2016 en Israël.

Avec le soutien du Service de la Promotion des Lettres