« 14 juillet », Eric Vuillard

La révolution rendue au peuple par la grâce de l’écriture. C’est de ce tour de force que viendra nous parler Eric Vuillard, pour notre plus grand plaisir, à la Licorne le 25 octobre prochain.

14-juilletCela nous laisse le temps de nous plonger dans son haletant récit du 14 juillet 1789, qu’il fait d’ailleurs débuter quelques semaines plus tôt, histoire de bien planter le décor et les enjeux, dans la gronde ouvrière d’une usine de papiers-peints et la frivolité outrancière de Marie-Antoinette. Le temps de nous montrer jusqu’à quelle limite hommes et femmes, sous le double joug de la vie et de l’Etat, peuvent tenir. Jusqu’au point d’incandescence, ce fameux 14 juillet, où le ressentiment devient flamme ardente et la colère une massue hérissée de pics. Une lave brûlante qui se répand dans les rues de Paris, à l’assaut d’une Bastille cadenassée de l’intérieur. Une marée humaine qui porte désormais des noms, des prénoms et des métiers (souvent incongrus avec notre regard d’aujourd’hui) car Vuillard, dans le mouvement de foule, n’oublie pas de faire des focus sur les véritables héros de cette journée, ces petites gens qui ne demandaient qu’à vivre avec dignité et vont, par leurs actes et leurs sacrifices, l’offrir à toute une nation. Un petit peuple qu’il sort de l’anonymat, ne se gênant pas pour replonger dans l’ombre quelques autres qui ont eu les honneurs là où ils ne méritaient que l’insignifiance.

On le savait depuis Tristesse de la Terre (splendide évocation de Buffalo Bill et Sitting Bull dans le Wild West Show, premier grand spectacle mensonger de l’Amérique génocidaire), Eric Vuillard donne à voir. Et à s’émouvoir. Il allie non seulement l’érudition et la simplicité, mais aussi et surtout l’œil méthodique et scrutateur de l’Histoire avec l’intelligence du cœur. Avec une netteté telle des images, du plan global au zoom sur la mort qui frappe, qu’on finit par oublier la version monolithique des événements paresseusement apprise sur les bancs de l’école.

Vivement le 25 octobre donc, qu’il nous explique comment il a eu accès au Google Street View de cette journée particulière entre l’Arsenal et la Bastille. Et si d’aventure un auteur belge se sent prêt à relever le même défi pour ce qui s’est passé en 1830 dans le parc de Bruxelles, il est le bienvenu. Eric Vuillard, par sa prose et son regard, a définitivement ouvert une nouvelle brèche en littérature. La voie est libre.

Aux fourches citoyens !

Didier.

14 Juillet. Eric Vuillard. Actes Sud, Un endroit où aller. Août 2016. 200 pages, 19€.